Franck, Volontaire ACT, Italie

Cela fait deux mois que je suis à Palerme, dans le cadre de mon Projet de volontariat ACT, ayant pour but de travailler avec des migrants.

Tout d’abord, je travaille pour Per Esempio, mon organisation d’accueil. Je suis là pour eux surtout en back-up, ils m’appellent lorsqu’ils ont besoin de mes compétences de montage vidéo. Je les aide lorsqu’ils organisent des événements ou lorsqu’ils ont besoin de faire une vidéo de promotion d’un projet ou autre.

J’ai aussi été impliqué dans un événement appelé Mediterraneo Antirazista, qui est un tournoi de football regroupant plusieurs événements ayant pour but de créer du lien à travers le sport, entre les migrants et les Italiens. Ils organisent donc des matchs entre jeunes migrants et jeunes italiens issus de quartiers populaires. C’était vraiment cool, car au début de l’événement les équipes étaient très communautaires et, au fil de l’événement, les équipes ont commencé à devenir mixtes. Pour cet événement j’ai aidé pour la communication en amont, en allant dans différents centres d’accueil pour mineurs non accompagnés, afin de les convaincre de venir jouer et de créer une équipe, mais aussi durant l’événement pour prendre des vidéos et des photos. J’ai aussi participé à un tournoi de volley, représentant Per Esempio avec les autres volontaires et les membres de l’association, dont ma coordinatrice, mon tuteur et le président de l’organisation, ce qui a été une vrai occasion pour nous de créer des liens à travers ce tournoi auquel nous avons fini deuxième (sur trois, mais ça compte quand même).

Je travaille également pour un centre d’accueil pour demandeur d’asile. J’y ai aidé à la préparation des petit déjeuners pour les migrants, j’aide les bénévoles en cuisine principalement, ainsi qu’à la traduction quand certains migrants ne parlent que Français ou Anglais. Je participe aussi dans ce centre à divers ateliers, comme des ateliers céramiques ou cuisine, ou je suis participant au même titre que les habitants du centre, ce qui me permet de créer un lien avec eux, et d’apprendre à cuisiner des plats siciliens, donc une pierre, deux coups.

Enfin, la dernière organisation pour laquelle je travaille se nomme Intersos, une association filière d’UNICEF. Cette organisation travaille principalement dans les centres d’accueil pour mineurs non accompagnés, où elle organise des activités avec les jeunes, forme les éducateurs et médiateurs (qui n’ont souvent aucune expérience ni formation dans l’interculturalité, ce qui rend parfois les échanges avec les jeunes compliqués). Ils profitent aussi du fait d’intervenir dans ces centres pour s’assurer du bon fonctionnement de celui -ci et du respect des conventions de Genève. Je les aide également pour la communication ainsi que pour la traduction en anglais ou français avec les jeunes (car très peu d’entre eux parlent à la fois anglais et français).

En dehors de ça, j’aide aussi parfois pour des Trainings Européens ou Youth Exchanges, je serai d’ailleurs la semaine prochaine impliqué dans un training sur le thème des migrants LGBT au lendemain de la Gay Pride ici à Palerme. J’ai aussi pour mission d’écrire un Youth Exchange sur une des problématiques des migrants (dont on discute encore du thème exact).

Je ne pensais pas être aussi conscient de la crise des migrants en si peu de temps, je me sens tout à fait prêt maintenant à retourner dans ma ville natale et déconstruire tous les préjugés que l’on entend sur les étrangers. Je suis directement en contact avec cette crise, je me sens vraiment dedans, non seulement professionnellement, mais aussi niveau personnel. Je me suis fait beaucoup d’amis qui m’ont expliqué leur point de vue sur le sujet, à la fois en tant que migrants ou personnes travaillant en lien avec eux. J’ai par ailleurs parlé avec des gens travaillant sur ces bateaux ayant pour but de secourir les migrants en mer, J’ai entendu des tas d’histoire, à la fois sur la situation en Lybie, sur la traversé en mer, sur la désillusion de l’EL Dorado européen, sur le fossé entre la théorie et la réalité, que ce soit administrativement, politiquement, économiquement ou encore idéologiquement. La réalité est dure mais la force d’esprit est présente. Lors du tournoi de football, la majorité des jeunes étaient musulmans, à jouer toute la journée au foot sans boire ni manger, sous 30°C au soleil, sans se plaindre, sans flancher, alors que j’avais l’impression de cuire en restant à l’ombre et buvant des litres d’eau. L’expérience qu’ils ont vécue pour venir ici en ont fait des forces de la nature, les épreuves physiques et psychologiques par lesquelles ils sont passés, les ont changé à jamais. Je suppose que ce sourire qu’ils gardent est preuve de leur conscience de la valeur de la vie, et du fait qu’il ne faut pas la gâcher. Car leur périple a failli leur faire perdre cette vie, et beaucoup d’entre eux ont perdu des proches sur la route. 

Palerme est définitivement une ville à part, un endroit où le monde semble s’arrêter, où l’on se sent à la fois part entière et couper du monde. Son côté à la fois replis sur elle-même, très sicilien avec la vie méditerranéenne à l’ancienne, avec ses petites rues animées par des Italiens parlant fort et avec leurs mains, ses marchés avec leurs odeurs de poissons, d’olive et fromage, dans lesquels on ne peut pas faire un pas sans se faire klaxonner par une vespa tentant de passer à travers la foule, sa vie nocturne animée par des concerts tous les soirs, des soirées ou les gens s’entassent sans raison aux mêmes endroits pour boire leur bière et finissent dans de petites rues animées par une sono externe et une foule dansante jusqu’au matin. Et pourtant, les migrants ont amené quelque chose d’autre dans cette ville, ce côté interculturel, cette dynamique en plus.

Cependant, tout n’est pas encore fait et beaucoup reste à faire. L’intégration des migrants est encore très compliquée, très peu d’Italien sont prêts à les embaucher et ceux qui le font n’hésitent pas à les exploiter. Ils gardent cette idée qu’ils sont là pour leur voler du travail, sans même se rendre compte que leur seule présence leur ouvre de nouvelles voies professionnelles. Il y reste pourtant des éducateurs sous-payés, n’ayant que trop peu de budget pour leurs activités qui donnent pourtant toute leur énergie pour aider ces jeunes, pour leur donner un peu d’espoir. A travers toute la ville d’ailleurs, il est possible de trouver les initiatives, des personnes, des organisations qui sont là pour aider, pour régler ce problème, qui s’offrent corps et âmes pour défendre leur valeur. Ce sont eux qui gardent ce petit monde debout là où ceux qui s’en vanteront le plus dans les médias n’auront aucun impact dans la réalité.

Il me reste encore quelques mois ici, et je compte bien continuer à me donner à fond, à découvrir de nouvelles choses et à défendre mes valeurs du mieux que je peux.

 

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