Ioan, volontaire européen ACT, Grèce

Je m’appelle Ioan, j’ai 25 ans, et je suis volontaire européen en Grèce, à Athènes, pour 6 mois dans le cadre du projet ACT. J’ai un master en philosophie et une expérience en association du fait d’un service civique effectué à Lille avec l’AFEV et d’un investissement auprès des mineurs non accompagnés venus d’Afrique sub-saharienne avec le Collectif des Olieux. J’ai notamment donné des cours de français « particuliers » à ces jeunes migrants, souvent à cinq en même temps, et j’ai souvent dû m’adapter à des niveaux et des difficultés très différents. J’ai dû faire preuve d’imagination dans les exercices que je leur donnais et comprendre quelles difficultés spécifiques ils affrontaient. J’ai toujours eu un côté pédagogue que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’exploiter pendant mes études car elles étaient trop abstraites. C’est donc fort de cette expérience enrichissante que j’ai demandé à travailler pendant mon volontariat auprès des réfugiés, souhaitant me rendre utile là où il y en avait le plus besoin.

volontaire européen

Ma mission principale consiste à organiser des événements qui visent à sensibiliser la population grecque au problème et à la culture des réfugiés, ce qui peut consister par exemple en une exposition photo de camps de réfugiés avec des salades à vendre préparées par des réfugiés venus de cultures différentes. J’étais heureux à l’idée d’améliorer mes compétences en organisation d’événements, même si cela m’éloignait de ma vocation pédagogique, mais après exactement deux mois et demi que je suis en Grèce nous n’avons organisé que peu d’événements de ce genre. J’ai très vite compris arrivé sur place que j’aurai à me frayer mon propre chemin sans attendre de directives venues « d’en haut ». Je conçois le volontariat plus comme un ensemble d’outils mis à la disposition de notre liberté, de notre esprit d’initiative ainsi que de notre soif de découvertes. Je me suis ainsi dès le deuxième jour de mon arrivée à Athènes investi auprès d’un « squat » pour réfugiés, « City Plaza », un ancien hôtel occupé par une structure politisée afin d’héberger des réfugiés. Ce sont aujourd’hui, après un an et demi d’existence, jusqu’à 400 personnes, hommes, femmes et enfants venus de pays et cultures différents, qui cohabitent pacifiquement dans cet univers fascinant et unique. J’ai pu m’adonner à des tâches aussi diverses que de tenir le bar de « City Plaza » en servant des frappés ou des thés, aider à la cuisine où les chefs cuistots, essentiellement des réfugiés, donner les consignes pour couper ou servir la nourriture pour des centaines de personnes, ou encore rester pendant six heures d’affilée au « security shift », de jour ou de nuit, afin de veiller à ce que tout se passe bien et que toutes les personnes qui rentrent sont soit des volontaires soit des habitants. Mais ma principale activité a été d’enseigner l’anglais aux enfants, cinq heures par semaine, d’abord en tant qu’assistant puis en tant que « teacher » à proprement parler. C’est là une expérience aussi enrichissante qu’éprouvante, compte tenu des conditions : pas de professeur certifié pour enseigner, des enfants ayant traversé des épreuves telles qu’ils comportent presque tous au moins des troubles de l’attention ou du comportement, des classes aux niveaux et aux âges très hétéroclites. J’ai dû puiser dans mes ressources personnelles pour sans cesse trouver des solutions, tant au point de vue de l’organisation générale des cours que dans leur contenu et forme, en cherchant des activités et des jeux en anglais alors que je n’avais jamais fait cela de ma vie. Et c’est avec le soutien d’autres volontaires qu’ensemble nous pouvons chaque semaine relever le défi d’enseigner l’anglais à ces enfants, défi d’autant plus important et plein de sens que cette langue commune permet à des enfants parlant de nombreuses langues différentes Farsi, Ordo, Arabe, Kurde de Turquie ou de Syrie, etc. de communiquer autrement qu’en se bagarrant. Ce serait un lieu commun d’affirmer que la langue est le premier pont entre les nations, mais ce n’est jamais trop que de rappeler que c’est sans doute l’un des enjeux les plus importants de la crise actuelle.

Outre ces aspects pratiques et linguistiques de mon implication à City Plaza, je participe aussi à des activités d’ordre plus artistique et sportif avec les enfants : activité football, poterie, peinture, jardinage, et aussi théâtre. J’ai initié l’idée d’un atelier théâtre avec d’autres volontaires, ayant entre cinq et six ans de pratique personnelle en la matière, et c’est aujourd’hui essentiellement l’activité que je mène avec les enfants. C’est la première fois que je mets en application mon expérience théâtrale pour guider un groupe, a fortiori un groupe d’enfants, et même si les différents comportements restent difficiles à gérer il est évident qu’une telle pratique, qui passe notamment par des exercices de concentration et des jeux de mime puisque certains enfants ne parlent quasiment pas anglais, ne peut que leur être très profitable. Le simple fait que l’atelier perdure à travers les semaines est une réussite et j’ai à présent mon petit groupe d’enfants motivés. Tout cela m’a sans conteste donné confiance en moi et a développé mes compétences en gestion de groupe et en animation.

Enfin cela fait aussi un mois et une semaine que j’ai commencé, avec une autre volontaire, à donner des cours d’anglais pour des adultes francophones venus d’Afrique sub-saharienne, et deux semaines que j’ai commencé à donner seul des cours de français pour des adultes venus de divers pays, dans une petite ONG connue sous le nom de « The Orange House ». L’expérience est totalement différente que d’enseigner avec des enfants : outre le fait que cela nécessite beaucoup moins d’énergie, il y a aussi le fait que je me retrouve, du haut de mes 25 ans à peine, à enseigner à des adultes qui peuvent parfois avoir deux fois mon âge ! Mais passés les premiers moments d’incertitude et d’adaptation l’exercice se révèle tout à fait gratifiant et intéressant. Je peux à nouveau vraiment mettre à profit et développer mes compétences pédagogiques et linguistiques en essayant toujours de trouver de nouveaux moyens d’enseigner, et d’adapter mes enseignements à chaque public différent, en passant par des exercices sur feuille, l’exploitation de cartes mentales pour le vocabulaire, et même des jeux de présentation inspirés de mes activités théâtrales et avec les enfants. Le groupe de francophones étant devenu trop grand, j’ai dû faire une fois cours à trente-deux élèves dont certains devaient se tenir debout en fond de salle, nous avons décidé cette semaine de couper le groupe en deux, afin que je prenne en charge les grands débutants comme je le fais lors de mes cours de français. Enseigner pour de petits groupes d’une dizaine de personnes débutantes, dont certains ne parlent parfois ni anglais ni français, est extrêmement intéressant dans l’application qu’on peut faire d’une certaine idée de l’enseignement. Enseigner est pour moi bien plus que d’abreuver un auditoire d’informations mortes qu’il s’agirait par la suite d’apprendre. Il s’agit pour moi à proprement parler d’animer un groupe, au sens étymologique de lui donner une âme, un mouvement commun. L’objectif étant le même pour tous, -apprendre une nouvelle langue, totalement inconnue-, il s’agit de donner la motivation et les moyens à tous de l’atteindre, tous ensemble, par une pratique commune : c’est pourquoi j’anime mon enseignement de jeux, de répétitions de mots et de nombres, de conversations, de partage de chansons, et que j’invite tous les participants à pratiquer ensemble en dehors des cours. Puisque tous progressent ensemble au même rythme, les plus à l’aise ont intérêt à aider et soutenir ceux qui apprennent plus lentement, qui, forts de ce soutien, progressent plus vite. Et tous apprennent des autres et consolident leur pratique en l’ancrant véritablement. On progresse plus lentement ensemble, mais plus sûrement, et on est plus confiant et solide, ce qui est la racine de la solid-arité.

volontaire européen

Une autre part du volontariat européen qu’il ne faut surtout pas négliger est l’aventure personnelle. Comme je l’ai souligné plus tôt, le volontariat confère à qui sait les utiliser les outils qui peuvent satisfaire sa soif de découverte. Vivre dans un nouveau pays pendant plusieurs mois est une véritable opportunité et il ne serait pas juste de limiter le volontariat européen aux seules missions données ; visiter le pays, côtoyer la population et la culture locales, rencontrer des gens font partie intégrante du volontariat européen, même s’il s’agit là d’un appel à son initiative et envie personnelle. Pour moi, l’enrichissement personnel est aussi indubitable qu’inquantifiable : outre des dizaines de rencontres exceptionnelles, tant avec d’autres volontaires qu’avec des réfugiés, j’ai aussi pu visiter des endroits inoubliables, allant de la petite ville grecque surmontée d’une forteresse dans le Péloponnèse, Nafplio, à la découverte des différentes îles au large d’Athènes, des montagnes qui surplombent celle-ci, ou encore à la fête traditionnelle grecque dans une grande maison au milieu des collines. J’ai par conséquent pour la première fois de ma vie : écrasé du raisin avec les pieds pour faire du vin, dormi plusieurs fois sur la plage la nuit, loué une voiture et conduit dans une grande capitale européenne, pris un ferry de nuit pendant 9 heures, nagé dans du plancton luminescent la nuit, dansé dans les nuages au sommet d’un mont, et bien d’autres choses encore, le tout en nouant des liens d’amitié qui semblent déjà indéfectibles ! Nul doute que je sorte grandi et mieux entouré de cette expérience, que je recommande évidemment à tout le monde, en mettant en garde sur le fait que le volontariat européen ne fait pas à lui seul l’expérience mais qu’il en donne l’opportunité. Une fois embarqué dans l’aventure, c’est à vous de prendre le gouvernail !

Ioan.

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