Comprendre qui sont les Jeunes Ambasssadeurs

Entretien à Washington avec Sarah, Jeune Ambassadrice de l’Engagement Associatif originaire d’Épinay-Sur-Seine (93)

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Bonjour, peux-tu nous expliquer comment s’est passé ton entrée dans les JAEA 2016 ?

« Salut, je m’appelle Sarah, je fais partie de la promotion des JAEA 2016. J’ai candidaté en mars 2016 avec une amie, et on a été toutes les deux sélectionnées, on l’a appris en juin .Il fallait parler un minimum anglais, être lycéen, et avoir un engagement associatif dans notre vie. On faisait partie des quatre lycéens de Seine-St Denis sélectionnés, avec une actrice associative confirmée, Line. Une association locale nous a préparées aux tâches qui nous attendaient au sein du programme ; il y a eu une formation pré-départ au mois de juillet, 3 jours inoubliables, avant de pouvoir partir à Washington en novembre. Tout s’est donc très vite enchaîné. »

En France, comment t’engages-tu?

« En France, mon engagement associatif se porte plus au niveau de la vie lycéenne. J’ai mené plusieurs actions pour la qualité de vie des lycéens avec le conseil de la vie lycéenne. On est dans un quartier chaud et il y a souvent des rixes. Les autorités ne font pas grand-chose, alors on a contacté nous-mêmes les gens compétents ainsi que les médias et on a organisé un sitting pacifique dans la cour. On a eu une voiture de police stationnée devant le lycée, pendant plusieurs mois, et grâce à nos autres actions il n’y a plus de problèmes aux alentours de l’école. Ca a même stoppé d’autres rixes dans la ville. On a relancé le bal du lycée, qui avait été annulé depuis dix ans pour des raisons de sécurité. On fait d’autres choses aussi qui rythment la vie lycéenne en général.

En réalité, l’engagement, je baigne dedans depuis toute petite, ma mère travaille dans des associations et m’a appris à prendre parti, à m’engager. J’ai envie de faire bouger les choses, je ne peux pas supporter de ne rien faire dans ce monde. Je veux faire bouger les choses, changer les mentalités. Et je commence par ma famille, je n’hésite pas à les remettre en place quand ils font preuve d’intolérance. »

Qu’as-tu pensé de l’engagement associatif aux USA, en comparaison avec la France ?

« Je trouve qu’ils ont un super bon système. C’est une très bonne idée que le fait de s’engager soit nécessaire à l’entrée à l’université des lycéens. Je pense que l’engagement associatif est nécessaire au bien-être d’une société !
Quand on a été travaillé à Sheperd’sTable [équivalent US des Restos du Coeur], on a vu sourire des personnes qui venaient avec tout ce qu’ils possèdent dans une main, ça nous a fait prendre conscience de la chance qu’on avait. C’est ça qui me plait, le contact avec les gens, du concret. Heureusement qu’on a pu faire du community service, je vous souhaite d’en faire beaucoup plus l’année prochaine. »

Que retiens-tu du programme à Washington au sein des JA 2016 ?

« La première semaine nous a permis de voir des choses, des lieux que je n’aurais jamais cru voir dans ma vie, ou juste à la télé.  Notre tête est bien chargée, on en a appris beaucoup sur un temps aussi court, mais c’est un enrichissement énorme.

Avant, j’avais une vision assez utopique des Etats-Unis ; j’ai un peu relativisé depuis le séjour, tout n’est pas « great » ici. Je pensais que les jeunes de mon quartier étaient chauds, mais j’ai vu pire aux Etats-Unis.

Les deux semaines étaient très différentes, mais très complémentaires. On a eu un truc un peu plus sérieux, et le temps dans les lycées plus terre-à-terre, plus réel aussi. Une vision de l’extérieur et de l’intérieur. Et une note un peu plus légère : la nourriture aux États-Unis je dis non non et non. »

Quelle a été l’importance du groupe dans le déroulé du séjour ?

« Déjà, on s’est tous très bien entendu, et l’ambiance a été super. J’ai rencontré des personnes qui resteront dans ma vie pendant très longtemps ! En plus, le groupe, ça nous apporte un réseau. Maintenant, je connais des gens de Marseille, Lyon, Lille, Toulouse, Bordeaux, de toutes les religions, origines, même de la même religion que moi mais pas qui ne pratiquent pas de la même manière…

Même avec les acteurs associatifs, ça a été très riche ! Ils ont été là pour nous, j’ai eu des discussions avec eux, ils nous supportaient, nous remettaient sur le bon chemin quand il fallait. Ils sont tous impliqués dans des associations, politiquement, émotionnellement. Line c’est pour moi un modèle. Même vous les accompagnateurs, on a appris de vous, même si on râlait vous avez été là pour gérer ce qu’il faut, à l’écoute, tout est super bien organisé. »

A l’avenir, penses-tu  que ce programme va avoir une influence sur ta vie ?

« Quand on aime ce qu’on fait, on n’est jamais fatigué. Je vais continuer à m’engager encore et encore, dans mon quartier, ma ville, mon pays. J’ai déjà vécu des revers émotionnels à force de m’engager sur des causes difficiles, mais une personne heureuse sur mille ça me suffit, j’ai fait le pas d’accepter ça, j’y vais petit à petit.

Mon but, c’est de promouvoir l’échange interculturel, mais aussi entre les milieux sociaux, enfin l’échange quoi. Je veux aussi m’engager pour le vivre ensemble. Je trouve que c’est n’importe quoi ce qu’il se passe en France en ce moment, il faut faire quelque chose. On peut faire de toutes les différences quelque chose de beau, tu vois. Ça n’est pas en effaçant les différences qu’on mettra tout le monde à égalité. Ici, aux USA, j’ai vu des types venir en cours avec une kipa, normal. Dans le lycée, il y a des « clubs de musulmans », mais très ouvert sur les autres. Ça n’est pas parce que tu travailles en communauté que tu es forcément fermée sur celle-ci.

Après le lycée, je veux faire des études de médecine, et la finalité ça serait de travailler à Médecins sans frontières. Je veux parcourir le monde, me faire ma propre vision, je ne veux pas qu’on m’influence, je veux tout découvrir de moi-même. »

Le mot de la fin ?

« Les JA, c’est une expérience que je n’oublierai jamais ! Un grand merci à tous les gens qui ont fait que cette expérience soit possible, c’était un rêve pour moi. Je ne sais pas mettre de mots sur l’enrichissement que ça m’a apporté, mais c’était… grandiose ! Voilà ! »