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Sajoua, stage professionnel au Portugal

"Plutôt que d'attendre de la hiérarchie qu'elle me confère une tâche qui m'intéresse, j'ai tout simplement demandé à recevoir un travail à la hauteur de mes compétences. Cet événement m'a demandé beaucoup d'assurance et de diplomatie mais a servi tant à l'agence qu'à moi."

Je m’appelle Sajoua Ettahri et j’ai 24 ans (23 ans au moment de mon départ). Je suis diplômée en Architecture, niveau Master.

Mon projet de mobilité s’est monté très progressivement. D’abord, j’ai réalisé un premier Erasmus avec l’école, et je suis partie 10 mois en Espagne étudier à l’université de la Corogne. A mon retour, je désirais repartir à l’étranger tant cette expérience était enrichissante sur le plan personnel (apprentissage de l’autonomie, l’adaptabilité, la confrontation à des cultures différentes) et sur le plan universitaire (découverte d’un enseignement différent, ses points forts et ses points faibles, prise de recul face à l’enseignement français).

A la suite de cet Erasmus, j’ai participé à une université d’été internationale à Liège, pour découvrir de nouvelles manières d’enseigner l’architecture, plus internationale. J’ai rencontré à cette summer school celui qui est par la suite devenu mon tuteur pour le stage Erasmus + VET que j’ai effectué avec l’ADICE.

Je suis donc partie en stage de 6 mois dans l’agence Fala atelier, co-fondée par Filipe Magalhaes, mon tuteur à Porto, au Portugal.

Mes tâches sur place ont, dans un premier temps, correspondu aux tâches communément attribuées aux stagiaires (maquettes, premières esquisses de conception, aide sur des projets divers) et nécessitaient peu d’initiatives. Or, j’avais déjà travaillé quelques mois en France en tant qu’architecte junior et était déjà diplômée. Après 3 mois de petites tâches, j’ai demandé à Filipe de me confier des travaux plus intéressants, s’étalant plus sur la durée et qui feraient appel à toutes mes connaissances et qui m’en feraient acquérir de nouvelles. Et, à partir de ce moment, je n’ai plus travaillé que sur un projet à la fois. De là, le stage s’est avéré bien plus stimulant.

C’est sans doute un de mes plus grands apprentissages pendant le stage (architecture mise à part) : plutôt que d’attendre de la hiérarchie qu’elle me confère une tâche qui m’intéresse, j’ai tout simplement demandé à recevoir un travail à la hauteur de mes compétences. Cet événement m’a demandé beaucoup d’assurance et de diplomatie mais a servi tant à l’agence qu’à moi.

L’agence était assez petite : trois architectes fondateurs, deux employés portugais, une employée russe, un ingénieur et quatre stagiaires de nationalités différentes. Nous parlions principalement anglais. Au début de mon stage, les stagiaires travaillaient tous ensemble sur certains projets. Petit à petit, chaque stagiaire a commencé à assister des architectes différents sur leurs projets respectifs. Pour ma part, et suite à la discussion que j’avais eu avec Filipe, j’ai fini par travailler en autonomie sur un projet : j’avais un échange quotidien avec mon tuteur, qui par la suite se chargeait de présenter le projet au client. Malheureusement, ce dernier n’était pas très confortable avec l’anglais, et, ne parlant pas portugais moi-même, je n’ai pas pu participer aux entretiens.

J’ai, par la suite de ce stage, travaillé deux mois en tant qu’architecte junior dans cette agence.

Cette expérience à Porto a sans nul doute été très bénéfique pour ma vie professionnelle à venir.

Tout d’abord, l’agence dans laquelle j’ai travaillé a une production architecturale et graphique très intéressante et reconnue à l’international. Ils ont une écriture bien à eux, et fuient les réflexes de dessins, la standardisation et les automatismes que développent trop souvent les architectes au long de leur carrière. Leur production est une expérimentation constante et, je dois le dire, très amusante. Malheureusement, ce genre d’architecture est difficile à importer en France : nous souffrons d’une très importante « normalisation » de l’architecture : norme incendie, norme « personne à mobilité réduite », norme « haute qualité environnementale ». Ajouté à cela les demandes très strictes des maîtrises d’ouvrages (=clients), les architectes manquent souvent de liberté dans le dessin de leurs projets. Mais ce que j’ai vécu au Portugal me motive et m’anime pour continuer à développer une véritable écriture architecturale qui ne soit pas dictée par ces normes.

Ensuite, le milieu de l’architecture est assez petit dans le Nord de la France : tout le monde se connaît. Ainsi, mon expérience dans cette agence réputée s’est sue à mon retour, et une jeune agence Lilloise m’a proposé de les rejoindre pour l’été.

Ce serait assez difficile de résumer cette expérience en une seule phrase (déjà, une page, c’est trop concis !). Mais je dirai que, ce qui a le plus porté ses fruits, c’est de ne m’être jamais considérée comme une stagiaire non-rémunérée présente pour une durée limitée, mais au contraire, d’avoir toujours voulu expérimenter davantage et tirer un maximum de cette expérience dans la durée qui m’était impartie. Et aussi que je me suis bien amusée.