Sirine à Tirana : gagner la confiance, jour après jour
Albanie • 5 semaines • PVN

À Tirana, Sirine a trouvé avec les jeunes d'un centre social un langage fait de jeux, de fous rires et de patience.
Je m’appelle Sirine, volontaire du Corps Européen de Solidarité de 21 ans, et je suis partie en mobilité d’un mois et demi au cœur de l’Albanie.
Au centre social, la communication verbale n’était pas toujours possible avec les jeunes que j’accompagnais. Alors on a trouvé notre propre langage, notamment à travers un jeu tout simple : des bouchons pour créer des formes et des constructions.
Un jour, l’un d’eux a compris que j’étais française. On s’est mis à échanger en citant tous les noms des joueurs de foot français qui nous venaient en tête. On a fini par taper un fou rire mémorable et, le plus beau, c’est que toute la table a suivi : tout le monde s’est mis à rire avec nous. Ces rires partagés sont gravés dans ma mémoire. Ils m’ont montré que la joie et la connexion humaine sont universelles.
Je suis Sirine, partie en Corps européen de solidarité à Tirana, en Albanie, avec Peace Volunteering Network. Mon rôle était d’apporter de l’aide au quotidien, entre la préparation de repas solidaires et le soutien aux jeunes d’un centre social. Si je devais donner un titre à cette expérience, ce serait : une aventure humaine au-delà des mots.

Respecter son rythme
Accompagner ces jeunes m’a demandé beaucoup d’écoute et d’adaptation. Au début, une jeune fille avait un besoin vital d’espace. Elle refusait toute approche, toute communication, même une simple proximité. Jour après jour, j’ai respecté son rythme sans jamais la brusquer. Petit à petit, sa confiance s’est installée et elle a commencé à s’ouvrir.
La dernière semaine avant mon départ, elle est venue spontanément jouer à ma table. Cette victoire silencieuse, cette connexion établie avec le cœur, restera l’un des accomplissements les plus forts de mon aventure.

En cuisine, au centre alimentaire
Mon autre mission se passait dans un centre d’aide alimentaire. Nous y préparions les repas et les colis, et nous assurions la remise en état de la cuisine. Quand je préparais et servais les repas, voir le soulagement et les sourires des personnes accueillies me donnait un vrai sentiment d’utilité.
C’est aussi là que j’ai fait l’une des rencontres fortes de ma mobilité. Malgré la barrière de la langue, une vraie complicité est née avec une personne du centre : elle s’est occupée de moi avec bienveillance. Séparer nos chemins a été particulièrement difficile, mais le lien persiste : nous restons en contact.

Ma seule vraie peur : la langue
Avant de partir, mon plus gros doute, c’était vraiment la barrière de la langue, la peur de ne pas réussir à me faire comprendre sur place. Mais je n’ai eu aucun moment où j’ai voulu tout stopper : j’étais lancée et déterminée. C’était un truc que je voulais faire depuis des années, une opportunité à ne pas rater, alors j’ai foncé.
Sur place, j’ai appris tout de suite les bases de l’albanais, au moins les formules de politesse pour échanger au quotidien. Dès les premiers jours, je m’acclimatais au rythme albanais. L’accueil m’a marquée : des gens d’une gentillesse extrême, hyper accueillants et toujours bienveillants.
J’étais aussi bien préparée. La formation pré-départ de l’ADICE m’a donné plein d’outils pour aborder la mobilité en confiance, comprendre mon rôle et anticiper les petits chocs culturels. Sur place, mon mentor a été un vrai point de repère : il m’a guidée dans mes missions au centre et s’est assuré que je m’adaptais bien à mon nouvel environnement.

Seule sur les routes
Je suis particulièrement fière d’être partie seule, d’avoir quitté mes repères et mon cercle familial pour vivre pleinement cette aventure. J’ai fait de longs trajets toute seule à travers le pays pour découvrir ses paysages, entre montagnes, côtes et rivières. Mon endroit coup de cœur reste une rivière aux eaux bleues et glacées, un véritable havre de paix au milieu de la nature.
Ces trajets m’ont appris à lâcher prise et à gagner une vraie confiance en moi. Ils m’ont prouvé que je pouvais être totalement autonome.
À Tirana, j’ai aussi visité le musée Bunk’Art, un ancien bunker atomique transformé en lieu de mémoire. Sous le dôme, des portraits rendent hommage aux victimes de la persécution politique et de la police secrète durant la dictature communiste. Ce lieu m’a permis de mieux comprendre le passé du pays et la résilience du peuple albanais.

Sur le toit, au lever du soleil
Pour mes moments de calme, je montais sur le toit de notre immeuble pour contempler le lever ou le coucher du soleil. C’était l’occasion de me retrouver avec moi-même, mais aussi d’écouter la vie albanaise : le chant de l’adhan qui se mêlait au son des cloches d’églises. Une vraie pause pour me ressourcer et prendre du recul sur mon quotidien.
Pendant le séjour, prise dans le rythme du quotidien, je ne mesurais pas pleinement la chance que j’avais de vivre cette expérience. Le déclic s’est produit sur le tarmac, devant le lever du soleil, au moment de reprendre l’avion : c’était la fin. Catch & Release (Deepend Remix) de Matt Simons s’est lancée dans mes écouteurs, et les souvenirs sont remontés : ce sentiment d’apaisement intérieur, les rires partagés avec les jeunes, cette complicité qui dépassait la barrière de la langue. J’ai dit au revoir à l’Albanie avec une vraie nostalgie et un pincement au cœur.
Cette expérience m’a offert un gros lâcher-prise et une vraie maturité. Je suis rentrée plus apaisée, la tête pleine de souvenirs. En m’éloignant de tout ce que je connaissais, c’est finalement moi-même que j’ai fini par trouver.

À toi qui hésites
Ne laisse pas tes doutes te bloquer. C’est une opportunité unique de grandir, d’apprendre sur toi-même et de découvrir une culture incroyable. Tu ne le regretteras absolument pas.
Mon astuce : apprends simplement les quelques mots de base et les formules de politesse de la langue locale avant d’arriver. Ça facilite tout de suite le contact, et les locaux apprécient énormément l’effort.
Et si, comme moi, tu as peur de la langue, voilà ce que je me dirais avant de partir : « Arrête de te prendre la tête avec la langue, tout va se faire naturellement avec le cœur et les sourires. Fonce, tu vas vivre une expérience incroyable ! »


